mardi 3 janvier 2017

Edito 3 - EditoREPORTAGE (2014)

La mémoire et les souvenirs ne sont pas absents, l’imagination non plus, ils viennent à notre rencontre, et pourtant, nous les traversons sans nous y perdre. Car être peu est aussi la condition, on se suffit d’être homme. Si la question se pose : est-ce qu’on est humanistes ? Il suffit que nous en discutions et que rien n’excède le sujet. Ça devra s’arrêter là car nous n’en voulons pas plus, personne n’en veut plus. En cela ce n’est pas une profession pour nous, c’est un passe-temps. Raisonnablement il faut que du temps nous en disposions. Ça en sollicite autant que celui d'un métier, mais ce n’en est pas un, nul en est besoin, ça nous plaît à cet état : cultiver ce jardin et en faire nos rapports.

 Question de grandeur ou d’amour, notre passion fait parfois de ce jardin un vaste pays, alors il vaut peut-être le coup que nous croyions en quelque chose. Nous parlons peu finalement, ou du moins ce n’est pas notre spécialité, nous faisons des reportages, interrogeons un tel et suivons son parcours, nous nous interrogeons nous-mêmes, et généralement ça passe par un peu de rêveries, un peu d’illusions aussi.

Assez vaguement je dois dire qu’on sait assez peu ce qui est possible. J’ai l’un de mes amis, car je parle désormais en mon nom, qui photographie le monde, il l’écrit, il le filme et je partage avec lui ces « illusions ». Un jour, il m’a dit au sujet de son collègue, qui avait un parcours peu ordinaire : « mais il écoute, on voit bien dans les yeux il a deux petites brindilles qui flambent ». Je trouve qu’il n’y a rien d’aussi beau chez un homme que de dire : il perçoit, il entend ; il est peut-être loin à présent, mais son dos ne nous méprisera jamais, même pour un adieu. C’est pourtant un simple dialogue.

Il y a un profond silence aux rives de nos vies, qui est comme un chemin à la résurgence du passé dans le présent, et à la teinte qu’il produit sur l’actuel paysage. C’est un mouvement dissout, en lequel nous sommes dissout, et qui est cette part intime et fondamentale de notre commune sensibilité. Ce qui est certain, c’est que sans un peu de mélancolie, une mélancolie même pour un temps futur, pour notre espèce, nous n’aurions pas eu l’idée de nous tourner « les uns vers les autres », que ce soit un bref instant. Qu’il nous suffise aussi d’être vaguement définis, donc, pourvu que chacun puisse parler avec ce retrait réaliste, comme une vacance, ou une courte pause, presque comme un ami.

 D'après une proposition de Martin Wable, 2014.

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