mardi 3 janvier 2017

Edito 4 - Un petit pas de côté... (2014)


Un petit pas de côté, seulement…

Un paysage ça bouge, ça n’est jamais le même et pourtant, on peut dire : c’est la mer où j’allais me baigner enfant, c’est la maison que j’habitais, le petit square où je bois, la ville qui m’a vu devenir poète ; une suite de paysages comme autant de pages d'un journal intime.

Mais en reculant de quelques pas, on n’est plus si sûr de ce qu’on a vu, précisément, de ce qu’on a vécu, des signes tracés sur la page ; le paysage est un souvenir où poussent les ombres et, parmi elles, dans les interstices, plus discrètement, plus lentement, d’infimes détails qui nous convoquent à nouveau, qui nous rappellent à ces lieux, à ces êtres que nous croyions posséder ou, du moins, connaître. Et ces détails, ils nous frappent par leur étrangeté, comme au coin d’une fenêtre, dans la salle d’étude, un soudain angle de lumière éclaire le coude tout rond du voisin : on croyait le connaître, celui-là, on ne l’imaginait pas comme ça, nous révélant sans le savoir un peu de sa nature humaine.

Il nous faut aller à la rencontre de nos paysages, avant que nous ne perdions définitivement la vue humaine du cosmos. L’idée de cultiver ce jardin ensemble me semble être un projet louable. Croire en cette culture plutôt qu’en rien. Reporters à la solde de nous-mêmes, interrogeant nos illusions, nos faiblesses, les signes à demi-effacés du passé, persistant dans le présent. Entendre plutôt que condamner. Consigner de peur que le tambour s’arrête ; plutôt que de signer l’adieu en bas à droite d’un paysage trop net. Dire bonjour, même de très loin, pour changer.

Il ne s’agit pas d’en faire trop. La poésie, le dessin, la musique, ne sont que des médiums, après tout. Tu peux jeter les éclairs qui ont traversé ta jeunesse, car quand l’orage gronde impossible de s’entendre. Beaucoup de nous-mêmes est déjà parti sans que nous l’ayons sauvegardé de la disparition. A quoi bon faire des poèmes qui rebondiront sur le dos du lecteur, qui lui fendront le crâne en deux ? Un petit pas de côté seulement, pour qu’il n’y ait pas méprise sur notre intention première : tisser le fil d’un dialogue où l’illusoire moi de chacun n’annule pas le reste du monde. Plus de prétention à la Vérité, à la Beauté, à Dieu – plus de prétention poétique, de Mouvement – mais un report minimaliste de quelques expériences, resserré sur ce qui les rend humaines. Un journal collectif qui tente de recueillir quelques traces de notre intime passage sur Terre.

P.S.

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