jeudi 9 février 2017

cadran terrestre n°6 : Combien me sont devenus proches ces gens de mon pays..., Takuboku

II


Le patois de mon pays
- parmi la foule de la gare
je m'en vais l'entendre



Comme un fauve qui souffre
mon esprit s'apaise
quand j'entends parler du pays



Et soudain cette pensée
"trois ans déjà que je n'ai entendu
le piaillement des oiseaux du pays"



Est-il mort le maître qui autrefois
m'a donné
ce livre de géographie



La balle
que j'avais lancée sur le toit de l'école
qu'est-elle devenue



Cette pierre
au bord du chemin de mon pays
cette année encore l'herbe a dû la recouvrir



Quand j'ai dû partir
ma soeur, petite encore, criait
"je voudrais des chaussures avec des lanières rouges"



Tous ces paysages peints que je voyais avant-hier
- et ce matin
ô les montagnes de mon pays



La petite musique du marchand ambulant
comme si je pouvais recueillir
ma jeunesse perdue



De ce moment
ma mère parfois nous parla du pays
nous entrions dans l'automne



Insensiblement
nous en vînmes à parler du pays
- odeur de mochi grillés dans la nuit d'automne



Que de choses m'attachent à Shibutami
le souvenir de ses montagnes
de ses rivières



Champs et rizières vendus
il ne leur reste que le saké
combien me sont devenus proches ces gens de mon pays


(....)


Takuboku, Fumées, traduit par Alain Gouvret,
Pascal Hervieu et Gérard Pfister
éd. Arfuyen (textes japonais)



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