jeudi 23 février 2017

cadran terrestre n°7 : "Toute promenade vers le sud de Nantes est doublement une marche vers le soleil..."


Toute promenade vers le sud de Nantes est doublement une marche vers le soleil. Il n’y a aucune ressemblance entre les froids bocages, la verdure sombre, les toits d’ardoise, les villages sans vie, la ruralité pesante et massive des campagnes qui murent la ville du côté du nord, et les coteaux à vignes du pays Nantais que le beau nom rabelaisien du village de La Haie-Fouassière semble baptiser – les levées ensoleillées du sud de la Loire, leurs grèves, leurs guinguettes à beurre blanc et à grenouilles – les beaux ombrages de la Sèvre, l’élégance toscane de Clisson. La ville, qui s’est tardivement, difficilement implantée au Sud, par-delà quatre bras de la Loire, y trouve pourtant, on dirait, le terroir dont elle semble avoir levé spontanément, celui avec lequel son ton le plus familier est en consonance naturelle. Ville du vin, et non du cidre, presque autant vendéenne que bretonne, mais solidement accrochée et retenue aux dernières pentes du Sillon de Bretagne, n’aventurant qu’un pied peureux vers les grèves déjà méridionales de la rive gauche, elle semble regarder les rivages de St-Sébastien et de Trente-moult comme les lisières d’un pays de Cocagne, pays où elle puise sa sève populaire, pays qui la séduit et qui l’attire, mais dont un fleuve difficile lui a mesuré chichement les accès.


Julien Gracq, La forme d'une ville
p. 58-59, éd. José Corti

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