lundi 27 février 2017

extrait du Journal - Annie Lulu, Le Camp (extrait)




 « L'étendue du limon aspire la tête et la peur, vers les baraquements ; les pieds s'enfoncent dans la friche. Avant, c'était un morceau de ville. Les tsiganes sont debout, certaines cabanes ont été incendiées pour les faire fuir. Il fait froid. (...)
J'ai apporté de la tsuïca, pour réchauffer ce matin de mai. Face à l'entrée, à l'angle du départ, Marius attend toujours ; près de son père, un enfant, saphir au teint des Indes ! "A, mon petit Adi ! Mon filleul ! Viens dans les bras de tata Anicutsi !" Il mâchouille quelques mots dans notre langue natale et saute dans mes bras calcifiés par la nuit blanche. Adi, ma petite joie, a le nez qui coule. Dans une heure, la police viendra détruire le camp. Je l'appelle "Le Camp" mais Tinca n'est pas d'accord. Les affaires sont prêtes. On ne sait pas où on va.

Haïdé ! Haïdé ! Mon petit Adi, rires de vivre, si j'ai une maison, un jour, tu viendras, et tu joueras au bord des champs. Je te le promets.»


Annie LuluLe Camp (photo et texteextrait)
paru dans le Jdmp n°4, 2016

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