lundi 13 février 2017

extrait du Journal - Clara Breteau, Tranche de feu


    « On s'est tous assis autour du feu et on s'est mis à chanter en jouant à la guitare. Tu t'es assis derrière moi, en arrière du cercle, tu as avancé tes mains en direction du feu, et je les ai senties se glisser sous mon T-shirt. Je me suis retrouvée là, toi derrière moi avec tes mains sous mon T-shirt près du feu. Tes mains tendues comme cherchant à saisir la chaleur - sur la chair réfractaire - sur l'écran de mon dos. Tu étais derrière moi, et je sentais tes mains sous mon T-shirt et sous les pans de mon manteau de cuir qui tombait comme un rideau ; elles couraient sur mon échine et sur la tranche - car oui, moi aussi comme un livre j'ai une tranche, je ne le savais pas avant cela c'est toi qui me l'a appris - ma tranche, cette bande de peau que j'ai tendue de l'aisselle à la hanche. Et ta main elle aussi se fondait dans le feu, elle devenait le feu et tout se confondait - elle était le combustible comme j'étais le combustible comme le feu était aussi pour nous un combustible, car nous brûlions le feu, là, quand nous étions assis auprès du feu toi derrière moi devant. Donc tu montais et descendais tout le long de la tranche comme pour sonder l'épaisseur du livre, le grain du papier de couverture. (...)

Tu t'es levé. Et je suis restée comme tout le monde, les joues empourprées et le regard brillant. Comme tout le monde à cause de la musique, du bois qui crépitait de la chaleur des flammes. Et comme tout le monde aussi, évidemment, les yeux rêvant intérieurement sur un foyer éteint. »


Clara Breteau, Tranche de feu (extrait),
paru dans le Jdmp n°4, 2016

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