lundi 8 mai 2017

extrait du Journal - Elise Frixtalon, Fuites ultimes, les iles de la dispersion


« Nous sommes ce que nous sommes parce que nous partons. Nous désertons, chargés de romances. Nous emportons notre mélancolie vers un ailleurs. Nous mangeons nos morts. Nous les recrachons comme nous faisons l’amour. Nous nous réfugions sur des plages sans histoire sans sable sans identité. Nos villes sont faites de poussière et d’alcools puissants. Pertes et brumes. F(r)ictions nocturnes. Dispersion. Quelques échos des poèmes de Lorca résonnent dans une salle de théâtre. En pleine obscurité, alors que de fines maquettes de bois s’imaginent voler -nous ne sommes pas dans l’abstrait, dans l’idée du vol comme d’autres ont détaillé l’idée d’une fleur avec un talent fou, non, nous songeons au vol « pour de vrai » -, pendant ce temps donc, nous fuyons. Notre objectif : trouver la musique des brisures. Une forêt de déplacements et d’harmonies. Partout sur cette terre, nous ne faisons que partir, funambules. Nos yeux se sont tournés vers un ciel argentin. Pieds caressant les ruelles de la Boca, reconnaissant ses sons, ses rumeurs, ses cris marqués d’or et d’azur. Pedro de Mendoza fonda-t-il en 1536 la ville de Santa María de los Buenos Ayres dans ce qui aujourd’hui constitue l’un des cœurs incandescents de la capitale ? Où commence Buenos Aires et où s’achève-t-elle sinon dans les espoirs de ces hommes et de ces femmes qui n’ont cessé d’atteindre les rives du Río de la Plata ? Ce sont près de cinq siècles de mouvements, de départs, d’arrivées, de déchirures et de tissages. Depuis le pont Nicolás Avellaneda qui flirte avec le transbordeur éponyme, la Boca donne à voir ses multiples visages. »

Elise Frixtalon, Fuites ultimes, les îles de la dispersions (extrait)
paru dans le Jdmp n°2, 2014

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